Logo Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) Jean Quarré

Jean-Quarré : un établissement pilote pour le vivre-ensemble par le biais de la culture

Résumé : De février 2016 à juillet 2019, ce Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) installé dans un ancien lycée du 19e arrondissement a accueilli 150 migrants. Son approche de l’insertion repose sur un travail social et une riche offre culturelle. La culture joue ici un rôle aussi bien au niveau des projets de vie des résidents que dans l’inclusion du CHU dans son territoire d’implantation.

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Programme

  • Démarrage : Novembre 2015
  • Lieu de réalisation : 19e arrondissement de Paris
  • Budget : 4000 €
  • Origine et spécificités du financement : Direction de l'Action Sociale de l'Enfance et de la Sante (DASES) et Ministère de la Culture

Organisme(s)

  • Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) Jean Quarré , Emmaüs Solidarité
  • 12, rue Henri Ribière
  • 75019 Paris
  • https://twitter.com/EMMAUSolidarite
  • Salariés : 28
  • Bénévoles : 10
Site Internet

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  07/11/2019 00:00
Appréciation(s) du comité : Source d’inspiration !
Solution(s) : Culture, sport et loisirs Exclusion et isolement
Pays :  France, Île-de-France
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Établissement Public, Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Immigrés
  • Domaine(s) :  Culture

Fiche collectée dans le cadre du programme RESOLIS « SOLIDARITES & VULNERABILITES SOCIALES »

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : BOUNIOL Tiphaine , « Jean-Quarré : un établissement pilote pour le vivre-ensemble par le biais de la culture », **Journal RESOLIS** (2019)

Origines et contexte du programme

Un lycée désaffecté du quartier de la place des Fêtes a été squatté pendant la crise migratoire parisienne de l’été 2015. Baptisé « Maison des réfugiés » par les militants et « Mini-Calais en plein Paris » par les journalistes, ce bâtiment occupé jusqu’à 1 400 migrants dans des conditions d'hygiène déplorables a été évacué le 23 octobre 2015. Le temps de la conversion du lieu en médiathèque, la Ville de Paris a confié sa gestion à Emmaüs Solidarité (*). Après 3 mois de travaux, un Centre d'Hébergement d'Urgence (CHU) d’une capacité d’accueil de 150 personnes est ouvert le 3 février 2016. Les résidents sont des hommes migrants célibataires majoritairement originaires du Soudan, de Somalie, d'Érythrée, de Libye et d'Afghanistan. Le CHU Jean-Quarré les accompagne dans leurs démarches le temps de la régularisation de leur dossier. Dès son ouverture, Emmaüs Solidarité positionna la culture au cœur du projet de l’établissement, notamment en créant un poste de coordination socio-culturelle.

Objectifs du programme

• Ouvrir le CHU vers l’extérieur, notamment aux habitants
• Prendre part à la vie du quartier
• Appuyer l’insertion des résidents via l’apprentissage de la langue et des codes culturels
• Valoriser les savoirs, les compétences et le bagage culturel des résidents
• Faciliter l’accès à la culture
• Prendre du plaisir et favoriser le bien-être

Actions mises en oeuvre

PROJETS INTERNES AU CHU
• Cours de français assurés par des bénévoles 4 matinées et 4 soirées par semaine
• Ateliers hebdomadaires de théâtre dispensé par des comédiens professionnels
• Ateliers de cinéma bénévoles qui sont devenus la spécificité du centre et de sa vie
• Ateliers de danse ponctuels, en partenariat avec le Centre National de la Danse (CND) de Pantin et ponctuellement par une compagnie de danse DKABEL, assuré par des danseurs professionnels ; qui travaillent le rapport au corps, le lâcher-prise et la confiance
• Ateliers d’art plastiques animés par une art-thérapeute
• Ateliers cuisine 1 fois tous les 15 jours
• Activités sportives (ex. basket)
• Accès à une bibliothèque mobile fournie par Bibliothèques sans frontières
• Jardinage 2 fois par semaine avec l’association Verger urbain : entretien d’un potager

PROJETS EXTERNES
• Organisation de sorties culturelles (surtout musique, danse et théâtre)
• Concert dans le CHU ouvert à tous, programmé 1 fois par mois par l’association Petit Bain
• Initiatives ponctuelles ouvertes au quartier, organisées avec les collectifs et associations locales (ex. marché gratuit, fêtes et animations de quartier)

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- La culture a un impact intéressant en termes de participation. En moyenne, les activités régulières attirent 6-15 personnes et les ponctuelles 40-50 personnes (en particulier les sorties et les concerts).
- En 2017, 423 heures d’activités culturelles
- Les activités culturelles encouragent l’ouverture et la capacité à s’intégrer dans le dispositif. Elles permettent aux résidents de décompresser vis-à-vis de leurs situations, lourdes et très difficiles. Cela leur permet de sortir de l’isolement et de l’entre-soi.
- Climat de confiance avec les riverains
- Embellissement du lieu (intervention de Vincent de Mestral, artiste de street art)
- Importante visibilité médiatique

Originalité du programme

Emmaüs Solidarité est pionnière dans le fait de placer la culture au sein d’un projet d’établissement social. C’est la première association à avoir recruté une coordinatrice socio-culturel dans un établissement de ce type. Cette fonction est essentielle pour l’animation des activités et pour l’interface avec le travail social.

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

Bibliothèques sans frontières, Le Petit Bain, le CND, les établissements culturels de la mission « Vivre ensemble » (notamment la Villette, le CentQuatre, le Louvre, la Cité nationale de l’histoire de l’Immigration et le Quai Branly), la Maison des Métallos, Verger urbain, les collectifs locaux (ex. le collectif Place des Fêtes), les centres d’animation locaux, l’espace de Coworking « Volumes »...

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

- L’assiduité est un sujet complexe.
- Les résidents sont accueillies pour une durée déterminée en moyenne 7 mois. Le turn-over est donc assez important. Cela constitue un défi pour la continuité des ateliers (notamment ceux de langue) et l’adaptation aux besoins des résidents.
- Le budget annuel disponible est prioritairement affecté aux frais de transport pour assurer l’accès aux initiatives, comme les sorties.
- Travailler la culture avec des acteurs du champ social peut être difficile du fait des visions différentes. Les autres salariés de la structure s’inscrivent peu dans le projet. Le projet a ainsi pu rencontrer davantage de difficultés à concilier l’ensemble de l’équipe que pour s’intégrer dans le quartier.
- L’ancrage territorial est chronophage, il faut compter au moins 2 ans pour une inclusion dans le territoire. Or, le CHU Jean-Quarré est une structure temporaire dont la fermeture est annoncée pour juillet 2019, soulevant la question de la pérennisation des activités avec les collectifs locaux.

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

- Un important travail est réalisé autour de l’assiduité afin d’améliorer les techniques : être très régulier dans les propositions et dans le lien avec l’intervenant. Faire appel aux mêmes intervenants est primordial vis-à-vis des résidents, cela motive leur participation.
- Tous les évènements se déroulent dans Paris intra-muros, pour limiter les frais de transport.
- Le CHU effectue régulièrement des bilans, qui sont utiles notamment pour la communication avec les résidents et les équipes.

Améliorations futures possibles :

- Comprendre les raisons pour lesquelles certains ateliers ont eu moins de succès : analyser ce qui est le plus adapté au contexte ponctuel ou dans la durée
- Utiliser les réseaux sociaux pour accroître la visibilité du CHU

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

- L’ancrage territorial est l’ambition la plus forte du projet culturel. Cela implique un enjeu de communication interne et externe : aussi bien au niveau du quartier, de l’équipe que des résidents (dont les origines sont très diverses, pour leur permettre de communiquer entre eux)
- Toujours tester les ateliers en les co-construisant avec le partenaire et les participants puis en les affinant progressivement avant de les généraliser
- Ne pas arriver avec un projet déjà tout ficelé : être flexible pour réajuster les activités dans le temps et selon les demandes
- Ne pas imposer ses idées : toujours prendre en compter les codes culturels du public. Les participants n’ont aucun a priori sur la culture, ils ne possèdent pas le bagage de la culture française.
- Peu d’activités sont financées (à l’exception de la rémunération d’une compagnie de théâtre), la plupart sont le fruit de partenariats et de l’animation par des bénévoles permettant ainsi leur gratuité.
- Veiller à la qualité des activités proposée : le CHU fait appel à des professionnels et des artistes

Idée de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

- Travaux d’études sur les profils des personnes accueillies, comme des statistiques des catégories socioprofessionnelles, pour éclairer la conception des activités
- Suivi des parcours après le passage au CHU : nombre de personnes ayant obtenu le statut de réfugiés, combien formation, quel métier, quelles régions de domiciliation...

Pour en savoir plus

“Les Migrants en bas de chez soi”, Isabelle Coutant (Seuil, 2018) : récit d’une sociologue sur l’histoire de l’occupation de Jean-Quarré

(*) L’association EMMAÜS Solidarité a été fondée en 1954 par l’abbé Pierre. Elle œuvre au quotidien pour que chacun trouve ou retrouve une place dans la société. Elle accueille, héberge et accompagne vers l’insertion 5 000 personnes et familles en grande difficulté sociale chaque jour, au travers d’une centaine services ou activités, à Paris, en région parisienne et dans le Loir-et-Cher.


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