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Réveiller la culture qui vit dans les gens avec « El Cántaro » 

Résumé : Chaque semaine, la « BioEscuela Popular » d’Aregua (Paraguay) reçoit 300 enfants, jeunes et adultes qui peuvent accéder gratuitement à de nombreuses activités créatives. Défenseur des droits culturels et de l’empowerment communautaire dès son ouverture en 2007, cette école est devenue le principal centre culturel de la ville.

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Programme

  • Démarrage : 2007
  • Lieu de réalisation : Aregua
  • Budget : 15000 €
  • Origine et spécificités du financement : Fondation Itau et Ambassade du Japon

Organisme(s)

Site Internet

Localisation

Comité de lecture

  • Date de lecture de la fiche :  16/11/2019
Appréciation(s) du comité : A généraliser !
Solution(s) : Culture, sport et loisirs Développement territorial
Pays :  Paraguay
Envergure du programme :  Locale
Opérateur(s) :  Association, ONG
  • Bénéficiaires :  Universel, Adolescents
  • Domaine(s) :  Participation citoyenne, Éducation, Formation, Culture

Fiche collectée dans le cadre du programme RESOLIS « SOLIDARITES & VULNERABILITES SOCIALES »

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0 ( http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ )
Pour citer un texte publié par RESOLIS : GIMÉNEZ Joe , « Réveiller la culture qui vit dans les gens avec « El Cántaro »  », **Journal RESOLIS** (2019)

Origines et contexte du programme

« Almacén de Arte » El Cántaro est un magasin d’art populaire ouvert depuis 2004 à Aregua (Paraguay), dans le but de conserver le patrimoine artisanal local. Élue ville créative par l’UNESCO en novembre 2019, Aregua est une ville d’artisans mais aussi une ville dortoir car beaucoup d’habitants vont travailler à la capitale (Asunción) à 1 heure de transport.

Face à l’abandon progressif de l’artisanat local, une école, inspirée du mouvement politico-éducatif latino-américain des années 1970, est adossée au magasin en 2007. A terme, la « BioEscuela Popular » vise à créer un public paraguayen connaisseur, qui valorisera plus tard l’art populaire. Elle cible en particulier les jeunes qui sont souvent livrés à eux-mêmes, parce que leurs parents travaillent tous les jours jusqu’à dix heures du soir.

Aujourd’hui, El Cántaro revêt la forme d’une entreprise sociale qui utilise l’art et le développement du sens critique pour transformer les communautés.

Objectifs du programme

- Démocratiser l’accès à la culture
- Sauvegarder le patrimoine culturel local
- Développer une communauté à l’initiative de ses propres changements sociaux
- Révéler les potentiels et les talents de la communauté
- Sensibiliser aux problématiques écologiques et à la citoyenneté

Actions mises en oeuvre

* 2007-2010 : Ateliers artistiques dans la rue
* 2011 : Location et rénovation d’une maison laissée à l’abandon
* 2012 : Achat d’un terrain
* 2012-2014 : Construction d’un bâtiment par les élèves et des volontaires à partir de savoir-faire ancestraux et de matériaux locaux (terre, argile et fumier de cheval)
* Depuis 2015 : en plus de la salle de spectacle, une médiathèque et une salle informatique (donation du gouvernement du Japon) sont fonctionnelles.

Aujourd’hui, la BioEscuela propose :
- 9 ateliers permanents assurés par 3 professeurs salariés et des artisans locaux : conscientisation (droits de l’homme et du travail), récupération d’art populaire (céramique et dentelle), métiers (pour collecter de l’argent et le redistribuer à l’école et aux élèves), communication & technologie, guitare, violon, chant, théâtre et danse créative
- 23 ateliers ponctuels animés par des volontaires qui changent tous les 3 mois : peinture, marionnettes, cuisine, cinéma...
- 5 concerts par an par un orchestre invité à jouer dans l’école : classique, rock, métal et chanson latino-américaine
- Voyages culturels (ex. musées d’Asunción)
- Élaboration d’un livret éducatif sur le patrimoine d’Aregua en 2019

résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs, des actions mises en oeuvre

- 740 enfants, jeunes et adultes fréquentent l’école.
- En moyenne, 35 types d’ateliers différents organisés chaque année
- 1er bibliothèque créée à Aregua
- Plus de 3 000 volumes disponibles à la médiathèque
- Impact surtout sur la jeunesse : l’école est un lieu de rencontre et de soutien, où les enfants peuvent trouver une occupation et être écoutés
- Création d’un capital culturel chez les élèves
- Récupération de connaissances ancestrales sur les constructions natives
- Mobilisation de la communauté et sentiment d’appartenance à l’école
- Le Cántaro reconnu d’intérêt culturel et social par le Congrès national du Paraguay en 2017

Originalité du programme

La médiation culturelle n’existe pas au Paraguay. La culture renvoie là-bas seulement aux beaux-arts, aux expositions et aux festivals. Il est difficile de créer un espace culturel où les visiteurs ne soient pas uniquement des spectateurs. La réalité des gens et du territoire est rarement prise en compte. La manière de se distraire se résume ainsi souvent à la télévision et au football.

Le Cántaro a mis au point un modèle de participation des communautés en s’appuyant sur des pratiques artistiques. L’objectif n’est pas de créer des artistes mais de réveiller le sens communautaire et de valoriser la culture indigène. Tous les ateliers proposés évoquent l’histoire et les racines de la communauté. Cette école populaire s’appuie sur les écrits du pédagogue brésilien Paulo Freire, qui encourage à travailler avec la réalité des gens : leur quotidien, leurs références culturelles...

Partenariat(s) développé(s) dans le cadre du programme

Secretaría Nacional de Cultura, Fondation Itau, FONDEC (Fondo Nacional de la Cultura y las Artes), CAF (Banco de Desarrollo de América Latina), BID (Banco Interamericano de Desarrollo), Embajada de Francia en Paraguay, Big Manzana, Casarino S.R.L., El Café de Acá, Verónica Torres Colección de Arte, Horacio Oteiza, Gobernación del Departamento Central, Municipalidad de Areguá, Pilar, María Clemencia de Leoz, Olivier Poupard, M.R., De La Huerta Orgánica, Cristina Jure, Bruno Defelippe, Valeria Gallarini, Sonia Cabrera, Inmobiliaria Ganesha et Emilio Federico Tango

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés durant la mise en oeuvre du programme :

* Les premiers ateliers ont eu lieu dans le magasin mais n’étaient fréquentés que par des enfants issus de familles aisées (clients du magasin). Ce n’étaient pas des enfants d’Aregua. Le problème venait du lieu qui était déconnecté de son territoire car fréquentés par des personnes habitant à Asunción ou des étrangers.
* La création d’une médiathèque émanait d’une demande des élèves. Néanmoins, à son ouverture, seuls les ordinateurs étaient utilisés.
* Politiques publiques déficientes : soutien d’actions culturelles ponctuelles (essentiellement financement de manifestations comme des concerts ou des spectacles de danse), pas de stratégie pour dérouler une vision de la culture à long terme

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

* L’organisation des ateliers dans la rue a radicalement changé la fréquentation.
* Depuis la mise en place de sessions d’initiation à la lecture, la médiathèque connaît un vrai succès.
* Mise en place en 2015 de 3 formes d’aide : volontariats, dons d’argent et de matériels

Améliorations futures possibles :

* Définir et mettre en œuvre un modèle économique entièrement autosuffisant
* Capitaliser les savoir-faire de la BioEscuela et modéliser sa méthodologie pour que d’autres puissent dupliquer l’expérience
* Embaucher des fonctions supports (comptabilité, communication...)

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou transposition du programme :

* Accès libre et gratuit pour les personnes de tous les âges
* Diagnostic territorial et cartographie avant de lancer le projet : consulter les habitants pour s’assurer que le projet sera utile au territoire
* Vision de l’art et de la culture : La culture est un droit. Il s’agit d’un moyen de résistance et de rendre la dignité aux gens.
* Manière de travailler la culture : travailler la culture avec la manière dont les gens travaillent leur propre culture
* Valeurs communautaires (ex. réciprocité et solidarité) : en contre-partie de leur participation aux ateliers, les élèves s’engagent à rendre service à la communauté une fois par semaine.
* Dimension intergénérationnelle : mélanger les jeunes et les seniors pendant les activités
* Pédagogie collaborative : les cours ne sont pas organisés par niveau. Les élèves les plus expérimentés partagent leurs connaissances avec les débutants.
* Une partie des recettes du magasin finance le fonctionnement de l’école.
* Processus circulaire : 1er pas - Découvrir l’existence de l’art populaire ; 2e pas - Essayer de faire (se confronter à la difficulté de maîtriser les techniques) ; 3e pas - Avoir la conscience d’un art populaire (écouter l’histoire de l’art populaire qui a beaucoup de liens avec celles des élèves) ; 4e pas - Devenir un futur consommateur d’art populaire (quand plus tard, j’aurai de l’argent)

Idée de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

- Objectiver les effets des pratiques artistiques sur les enfants et les communautés : quels changements ?

Références bibliographiques

« Pédagogie de l'autonomie », Paulo Freire (2013) ERES

« Puntos de cultura : cultura viva en movimiento », Célio Turino (2013) Caseros RGC Libros. 256 p.
http://iberculturaviva.org/wp-content/uploads/2016/02/puntos_de_cultura_auspicio.pdf

« Introduction », Léa Lima et Sylvie Rouxel (2011), Agora débats/jeunesses N°58. 48-54 p.

« Tous autonomes ! Injonction des politiques sociales ou fabrication collective », Barbara Rist, Sylvie Rouxel (dir.) (2018) Presses universitaires du Septentrion

Pour en savoir plus

- Bande-annonce du documentaire “Voces de Barro” sur la BioEscuela
https://www.youtube.com/watch?v=8J5zGA7pUBU

- Cultura Viva Comunitaria : http://culturavivacomunitaria.net/


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